Henri Caroly

Henry est né le 7 octobre 1884 à Neuilly sur Seine

Il y passe une enfance heureuse, entouré de ses frères et sœurs : Georges Suzanne, José, Madeleine et Frédéric.

En 1895, ses parents achètent la propriété de «Maulny» à Saint Soupplets.

En 1902 sa sœur Madeleine se marie au village.
En 1907 son père Joseph se propose d'électrifier la commune.
Une usine électrique (machine à vapeur et génératrice) est installée à côté du lavoir.
En 1910 les Sulpiciens qui le désirent peuvent bénéficier du courant électrique.

Pendant ce temps. Henri suit des cours de peinture à l'école des Beaux Arts à Paris.
Ses peintures commencent à être appréciées par des connaisseurs.
À 28 ans, il connaît le début du succès.
Il se marie en 1910 avec Mathilde Barbé.
De leur union sont nés deux enfants; Jean-Paul en 1913 et Aliette en 1914.

Mais la guerre va bouleverser le destin de cette famille comme celui de milliers d'autres.
Le 3 août 1914, La France déclare la guerre à l'Allemagne.

Henri est mobilisé.


Extrait du carnet de route trouvé sur Henri Caroly (soldat en campagne) tué le 5 septembre à 6 heures du soir l'an 1914 de la grande guerre :

4 août :
Nous partons exactement à 3h58, l'enthousiasme est à son comble. le train est couvert de fleurs. à Brie-Comte-Robert les dames de la croix rouge nous offrent du café, de la menthe, des fruits, des médailles et des chapelets qui sont accueillis avec respect.

On ne voit plus le train, il est sous un monceau de fleurs.
Première page du carnet :
Si je suis tué, je prie le camarade qui trouvera ce carnet de bien vouloir l'envoyer à Mme Henri Caroly - 5, rue Magdebourg PARIS.
Dernière page de son carnet :

2 septembre :
Départ; 4 heures et demi de marche, retraite sur Liancourt que nous traversons, manquons de pain.

Traversons l'Oise sur pont de Cerhan Verneuil, grande halte à Malanigar.
Traversons forêt de Chantilly, marche pénible. Arrivé ce soir à Luzarches, repas de fortune, vivres de réserve.
Le train régimentaire est pris par l'ennemi à Senlis.
Allons un peu plus loin faire le café puis départ à 2 heures.

3 septembre :
Arrivons à Vémars vers Il heures pour prendre les petits postes.

Trouvons à Vémars à peu près tout ce que nous désirons dans les maisons désertées.
Je retombe et me couche sans dîner.
Dernier écrit la veille de sa mort :

4 septembre :
Le régiment est rassemblé dans une grande plaine à la porte du pays.

Nous attendons les événements


Lettre écrite par Henri à son père. le 1er septembre 1914

Mon cher père,
Il me serait très difficile de vous raconter tout ce que nous faisons en ce moment.
Je ne puis vous dire qu'une chose : c'est affreusement dur! Je me rappelle rai toute ma vie le dimanche 30 août. Nous avons commencé " notre journée à 2 heures et demi du matin et rentré le soir à minuit après 6 heures et demi de bataille. Notre mission était de maintenir les Allemands sur leurs positions pendant 6 heures et nous y sommes arrivés.
L'artillerie est extraordinaire, J'avais ma jumelle et j'observais les ravages : je vous assure que c'était bien terrible à voir, Le pays où nous nous trouvions (je puis maintenant vous le dire) était Pont à Mousson, c'est là où nous avons eu le baptême du feu. Nous Sommes restés sans manger pendant 3 jours et une moyenne de 35 km par jour, mais en revanche nous avons tenu ferme,
Je suis forcé de vous quitter mon cher père et je le regrette, une dame attend ma lettre pour vous la communiquer rapidement.
Je vous embrasse tous tendrement. Henri

Le 5 septembre 1914, l'ordre est donné à la compagnie d'enlever une batterie ennemie près de la Corne du bois de Saint Soupplets.
Henri qui connaît bien le pays se porte volontaire pour guider sa compagnie.
A l'orée du bois, il s'arrête contre un pommier, met un genou à terre.
L'adjudant Raymond Codron passe près d'Henri, étonné de ne pas le voir bouger.
Henri est mort, tué d'une balle dans la tête et une autre dans le flanc.
Il est mort à deux kilomètres à peine de la demeure familiale dans la campagne qu'il aimait peindre.
Son capitaine Paul Floquet l'a retrouvé le lendemain et l'a enseveli sur le bord du chemin qui va de Saint Soupplets à Monthyon tout près d'un gros noyer.
Il a planté une croix portant la médaille militaire.
Ce capitaine a envoyé tous ces détails et un croquis à la famille d'Henri qui a pu lui donner une sépulture décente dans le caveau familial du cimetière de Saint Soupplets.

 

Lettre du Capitaine Paul Floquet à la famille Caroly

Soissons, ** septembre 1924
Monsieur,
Je viens remplir auprès de vous un très pénible et très douloureux devoir. Mon amitié pour ce pauvre Henri Caroly que j'avais connu depuis une dizaine d'années par la famille Vignié d'*** n'avait fait que s'accroître depuis un mois que j'avais vu Henri donner des preuves de courage moral dans la série d'épreuves et d'efforts physiques érigées par les événements.
Le destin a voulu que mon malheureux ami vienne après un mois de randonnées dans l'Est mourir à 1.500 mètres de chez lui dans 1e petit bois qui domine Saint Soupplets.
C’est le 5 septembre à six heures du soir que ce pauvre Henri est tombé sous les balles aux côtés de son capitaine blessé dans un mouvement de retraite sur la ferme de Champ Fontaine.
Je n'ai été informé de ce triste événement que le lendemain par un sergent de sa compagnie et ce n'est que le surlendemain que j'ai pu pendant une grande halte retrouver le corps d'Henri. Il était couché sur le dos au pied d'un petit pommier la face vers le ciel; une balle dans la tête et une autre dans le flanc l'avaient tué net. J'ai eu la consolation de pouvoir l'ensevelir moi-même sur le bord du chemin qui va de Saint Soupplets à Monthyon tout près d'un gros noyer en bordure de sentier. Une croix est plantée sur la tombe portant la médaille matricule, je crois d'ailleurs devoir vous joindre un croquis sommaire, restant à votre disposition pour vous indiquer personnellement l'emplacement au cas où vous ne pourriez le retrouver.
Quant aux papiers trouvés sur Henri, à son porte monnaie (contenant environ 20 francs)et à sa pipe qu'il affectionnait particulièrement, je les tiendrai à votre disposition dès que je pourrai vous les faire parvenir.
Croyez, Monsieur, que j'ai vécu au moment de l'ensevelissement d'Henri une des minutes les plus pénibles, non seulement de cette terrible guerre, mais encore de mon existence et que la fin tragique d’Henri m'a bouleversé profondément. J'ai dû faire appel à toute mon énergie de soldat et de chef pour surmonter mon émotion et chasser les pénibles pensées qui m'assaillaient.
Je songeais à la douleur de Madame Caroly sa mère que je connais, mais surtout de sa pauvre femme dont Henri m'avait dépeint le courage et l'énergie et aussi de ses enfants... Pauvres petits dont Henri ne pouvait parler sans s'attendrir. Vous pourrez leur dire, Monsieur, que leur père est mort en soldat, en brave, sans hésiter, qu'il s'est sacrifié pour son pays.
Je vous adresse, Monsieur, pour vous et votre famille les sentiments, très douloureux, très émus d'un ami d'Henri.
Paul FLOQUET, Capitaine 20e Compagnie, 278e d'Infanterie
Je vous demande, Monsieur, de bien vouloir comme souvenir m'envoyer une photographie de mon pauvre ami. Raoul Orépaux vous prie de cacher la nouvelle à sa mère pour lui éviter toute angoisse.